Comment extraire les parfums et les arômes à partir des matières naturelles.




Il y a plus de  5000 ans, l’homme a apprivoisé les parfums en brûlant des branches, résines, gommes, graisses et huiles saturées de fleurs, épices, tout ce dont il disposait pour obtenir des “odeurs” agréables, sacrées ou précieuses.

 Aujourd’hui des techniques modernes d’extraction de parfums et d’arômes nous permettent de contenir toutes ces essences en flacon et d’en disposer à notre grand bonheur.



Les techniques d’extractions

Plus ou moins douces suivant la fragilité des parfums, plus ou moins simples suivant la qualité des essences recherchées, plus ou moins modernes suivant les rendements visés, elles sont encore utilisées, mais la parfumerie moderne est ouverte à la recherche de nouvelles essences, de nouveaux parfums afin d’étendre sa palette olfactive et donc de proposer une infinité de compositions et d’assemblages par des procédés de synthétisation de molécules odorantes.

La qualité d’un produit fini dépend de la technique d’extraction utilisée mais reste aussi liée à la qualité des matières premières, la variété de la fleur (cultivar), sa position géographique, les conditions climatiques, culturales, la cueillette, le savoir faire qui assurent la qualité d’un bon produit.



Traitement par hydrodistillation ou entraînement à la vapeur

 Dans cette technique, on utilise de la vapeur d’eau produite dans un générateur de vapeur pour chauffer et mettre en ébullition un mélange composé d’eau, de fleurs, de fruits, de plantes ou autres composés suivant les essences recherchées. La vapeur entraîne et sépare les essences en fonction de leurs volatilités et viennent se condenser dans un réfrigérant (principe de la distillation), l’on obtient un distillat que l’on appelle “ huile essentielle”. Les premières fractions (coupes) distillées représentent les essences les plus volatiles les essences de tête, puis les fractions suivantes le coeur et enfin les queues de distillation ou “fond” qui composent les parfums. La phase aqueuse après distillation est appelée eau de rose.

A titre informatif, pour obtenir un kilogramme d’huile essentielle de rose, il aura fallu traiter près de quatre tonnes de roses soit des centaines de millions de pétales. C’est un produit de Luxe.

La rose de Damas, l’une des roses les plus cultivées est bien appropriée à ce type de traitement pour l’obtention de l’huile essentielle.

Une technique de distillation plus sélective, la distillation moléculaire ou fractionnée sous vide permet de sélectionner et d’isoler plus finement les parties les plus attractives des essences.

 Certaines matières premières fragiles ne supportent pas ce traitement thermique qui s’avère dégradant, une autre solution consiste en un traitement à froid ou une extraction par solvant, ces techniques ont l’avantage d’être plus rentablesmais demandent cependant plus de technicité pour la mise en oeuvre.

 

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Traitement par un fluide supercritique (extraction à froid)

Le fluide utilisé est le CO2 (dioxyde ce carbone) pas cher et non toxique utilisé pour ses propriétés remarquables de solvant de matières organiques dans les conditions d’exploitation dites supercritiques ( 31°C sous 74 bars). Cette technique est non destructive et préserve la qualité et la pureté des arômes les plus sensibles comme les épices.


Un autre traitement à froid est utilisé, le traitement par solvant organique

Ces techniques mettent en jeu des procédés physico-chimiques de traitement comme la distillation, l’extraction, la décantation, la précipitation, la filtration, centrifugation, concentration, dissolution sur des phases aqueuses et organiques.

Ce type d’extraction met en jeu des solvants: l’essence G (éther de pétrole), le benzène ou du cyclohexane, de bons solvants volatils mais malheureusement des solvants dangereux et ces derniers laissent des traces qui ne qualifient pas le produit fini du label BIO.

Dans un réacteur, on introduit les matières premières (fleurs, plantes, gommes…) pour lesquelles l’extraction par distillation n’est pas appropriée ou donne un rendement peu efficace et le solvant. On peut effectuer plusieurs “lavages” successifs jusqu’à l’épuisement total des essences contenues dans matières premières (essences, cires, pigments).

Les solvants ainsi chargés de ces essences aromatiques passent dans un décanteur afin de soustraire par décantation les phases aqueuses plus denses (eau de constitution des fleurs, plantes…) .

 

Le concrète un résidu très aromatique pâteux, presque solide est obtenu après filtration-évaporation du solvant.

Le résidu est alors remis en solution alcoolique et prend le nom de ABSOLUE, absolue de concrète ou absolue de résinoïde suivant l’origine des composants:

 

  • Absolue concrète pour les composants comme le jasmin, la rose, narcisse, mimosa, violette…qui constituent les éléments des notes de coeur des parfums.

  • Absolue résinoïde pour les composants comme les baumes, les gommes, les résines, épices… et constituent les éléments des notes de fond des parfums.

 

L’opération glaçage, consiste à précipiter à basse température (-10°C) les substances végétales les moins solubles comme les cires contenues dans l’alcool, afin d’obtenir après filtration un produit limpide et d’une grande stabilité.

 

Une ultime opération de concentration par distillation sous vide est effectuée pour éliminer l’alcool afin d’obtenir des essences absolues d’une grande richesse de composition.

Un kilogramme d’absolue nécessite le traitement de plus de sept cents kg de roses par cette méthode.

La rose Rosa centifolia parmi les plus cultivées est bien appropriée à ce type de traitement  pour la concrète et l'absolue.

 

Techniques d’extraction plus simples

 L'Enfleurage une vieille technique développée à GRASSE est basée sur la propriété des graisses à capter et piéger les arômes, on dépose des pétales frais sur une couche de graisse, puis ces derniers sont retirés, on réitère cette opération jusqu’à saturation de la graisse, la graisse ainsi chargée de ces arômes est lavée à l’alcool pour obtenir l’absolue de pommade.

 

L'expression est une technique à froid par compression spécifique des hespéridés (agrumes:citron, orange, mandarine, bergamote...) pour l’extraction des essences essentielles riches contenues dans les écorces. Le fruit est écrasé, le jus ainsi obtenu est centrifugé pour séparer les essences du jus. Une technique surtout utilisée pour l’eau de cologne ou dans la composition des parfums (notes de tête).

 

L’infusion, cette technique ancienne est une dissolution dans de l’alcool éthylique à froid de matières animales ou végétales solides ou semi-solides pour en extraire les principes essentiels par exemple de musc, d’ambre, de civette, de castoréum, de mousse de chêne, benjoin ou autres. Cette infusion peut durer plusieurs mois. Le produit fini est parfois nommé teinture.



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Molécules naturelles ou synthétisées

 

La différence est très peu sensible à notre niveau. Plus de 300 ingrédients peuvent êtres présents dans un parfum et environ 2600 ingrédients sont utilisés par la parfumerie en Europe.

Synthétiser une molécule est parfois plus rentable que l’exploitation d’une molécule naturelle qui demande beaucoup d’énergie, plantations, eau, traitements, cueillette, extraction des essences avec des rendements très médiocres et donc un impact sur l’environnement.

Les produits de synthèse viennent enrichir la palette du parfumeur et sont incontournables pour le développement de la parfumerie moderne.